Certains soirs, pour faire mon intéressant, il m'est arrivé de monter sur une chaise, de me draper dans un torchon à carreaux et de déclamer une poignée de vers avec des accès de lyrisme proportionnels à mon taux d'alcoolémie.
Il s'agissait de l'extrait suivant : « C'est pas marqué dans les livres / Le plus important à vivre / C'est de vivre au jour le jour / Le temps c'est de l'amour ».
Je ne sais plus trop d'où ça vient, et je suis pas assez chieur pour aller analyser ces paroles. Mais elles semblent avoir imprimé en moi quelque chose d'injustement indélébile au point que je les ressorte dans les états de demi conscience, voire de parfaite insouciance.

Certains matins, je me bats contre mon réveil. Au fond de mon lit, je l'invite à resonner toutes les 5 minutes, en me disant chaque fois que je me lèverai la prochaine fois. Je me renfonce dans les draps en pensant que la couverture va me protéger de devoir me lever et aller au bureau, et je me surprends à penser à ces quelques vers poétiques enfouis dans ma mémoire : « Et un matin on ne veut plus aller plus loin / On se retrouve / Avec au coeur un temps de chien ». Dans ces moments, les choix musicaux de mon inconscient me surprennent.

Ce qui me surprend aussi c'est le choix politique et la conscience sociale de ce qui me fait fredonner, à chaque fois que je fais les courses au supermarché, ces slogans militants qui semblent m'avoir marqué l'esprit bien plus qu'il n'y parait: « On nous fait croire / Que le bonheur c'est d'avoir/ De l'avoir plein nos armoires / Dérisions de nous dérisoires ». Ce qui en général ne m'empêche aucunement de ressortir avec plein de choses inutiles. Ce poète là n'arrive pas à percer bien au delà de mon inconscient.

Des fois aussi, lorsque je regarde mon blog et ses stats, je me mets à chanter à tue-tête : « Poussière vivante je cherche en vain ma voie lactée / Dans ma tourmente je n'ai trouvé qu'un mausolée / Et je diva-gue ». C'est sans doute très à propos, mais il faut aimer. En fait je n'aime pas.

Si j'avais eu le droit de demander une chanson au DJ de mon incoscient, je lui aurais peut-être demandé de me faire penser à ces mots magiques, la prochaine fois que j'entrerai tout intimidé dans un bar : « Don't you wish your girlfriend was hot like me ». Bon d'accord, je suis un garçon, mais ça compenserai pour toutes les fois où je m'en suis tenu à « Et moi, dans mon coin / Si je ne dis rien / Je remarque toute choses ». Mais bon, du haut de mon mètre soixante huit, je suis déjà assez content si je ne dois pas me contacter de remarquer le dos de la personne à côté...

Enfin, je vais rendre régulièrement visite aux gentils fonctionnaires de la Préfecture de Police, et invariablement, en faisant mes formalités de renouvellement de carte de séjour, ce cri strident me revient aux oreilles : « On dit qu'au delà des mers / Là-bas sous le ciel clair / Il existe une cité / Au séjour enchanté ».

Ainsi s'achève ma cinquième participation au jeu blogosphérique de Kozlika.