depuis des années que je vis en France, j'entends sans cesse parler de vocation d'accueil ou pas de la France, de faveur à faire aux étrangers en les autorisant à habiter sur le territoire, ou encore de ne pas pouvoir porter toute la misère du monde. Ces discours, qu'ils soient favorables ou pas à l'accord des papiers de séjour, qu'ils soient de gauche ou de droite, ont toujours en commun cette vision misérabiliste des étrangers, qui ne sont là que pour mendier des papiers, ou des allocations, et profiter de l'immense rayonnement de la France. un vieux relent à peine extrême droite de supériorité?

que les choses soient donc éclaircies au moins face aux quinze éventuels lecteurs de ces lignes. Je ne suis pas en France pour profiter de ce pays, c'est plutôt le contraire qui est vrai: je suis encore en France parce que la France peut profiter de moi. Je paie mes impots, et les charges sur mon salaire, dont, ironiquement quelques 200 euros aux ASSEDIC, alors que ma carte de séjour que je renouvelle tous les ans, ne le serait pas si je perdais mon emploi. En somme, je paie obligatoirement une assurance, dont je n'ai pas le droit de recevoir les indemnités que de façons très limitée.

Mais alors, c'est sans doute pour le fabuleux rayonnement de ce pays que je renouvelle mes papiers, au prix des allées et venues incessantes à la préfecture. Franchement, c'est pas vraiment ça, car même si Paris reste un fabuleux lieu de diffusion culturelle, c'est loin d'être à la pointe de la création. Au contraire, ici et là, les voix conservatrices se font entendre plus souvent que les autres, et les polémiques vont bon train autour de chaque initiative originale (ou pas tant que ça d'ailleurs), craint au scandale, et à la décadence de la culture...

Non, franchement, si je quittais mon pays aujourd'hui, je ne pense pas que la France serait mon premier choix. Mais je l'ai quitté il y a 11 ans, et je me suis fait des amis ici, une sorte de deuxième famille, et une personne avec qui je partage ma vie. C'est pour ça que tous les ans je m'emmerde à retourner à la Préfecture. Pour ça et parce qu'en 2006 a été supprimée la loi qui accordait aux personnes comme moi un droit de résidence; supprimé par la même personne qui a clamé haut et fort aux étrangers de ne pas se gêner pour partir s'ils avaient quelque chose à redire, voire même à dire. C'est cette personne que les Français qui votent ont élue quelques mois plus tard Président de la République. Alors, franchement, si on vient me reparler des Lumières après ça... je parlerai plus des années 1930.

Malgrè tout, et malgré l'invitation de monsieur le Président, pour les raisons bien claires ci-dessous, je vais me gêner, et rester. rendez vous pris à la préfecture, pour une énième carte de séjour, le 5 décembre prochain.