En 1980 j'avais un an. C'était il y a 32 ans.

En 1980, le Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch créait 1980, une pièce qu'il rejouait cette semaine, et pour quelques jours encore au Théâtre de la ville. On ne dira pas que la pièce n'a pas pris une seule ride, mais on ne s'attardera pas sur ces dernières, que le temps a marqué sur le visage de ceux de la troupe qui sont encore là…

A voir sur youtube les extraits des représentations au Saddler Wells de 1984, l'ensemble est bien millimétré, malgré le semblant de gros bordel et d'improvisations. Sur la grande pelouse, la troupe va dans tous les sens. Les sketches se succèdent, sans transition particulière, et la cohérence n'apparaît pas de prime abord. Nostalgie de l'enfance? Traumatisme? Peur de grandir? Ne plus vouloir être adulte? Beaucoup des sketches renvoient à cette incroyable capacité de se créer un monde, une situation imaginaire.

Ce qui est impressionnant, c'est qu'aucune interprétation n'est claire, et les sentiments sont toujours mélangés. Au spectateur de faire son chemin dans ces trois heures et quelques de spectacle: s'il veut juste prendre le thé, c'est possible, voir même un petit bonbon comme dans un spectacle pour enfant. Mais s'il veut aller plus loin, y'a une danseuse qui l'invite à la rejoindre pour un petit tour… Pour une fois, les interactions avec le public sont loin d'être gratuites.

De toutes ses évocations, la plus claire est celle du deuil. Est-ce la mort qui fait qu'on n'a pas envie de grandir? Qui nous transforme en petit faon chétif tapis au fond d'un décor?

Les trois heures et quelques passent lentement, entrecoupés de quelques moments de danse plus romantiques, où avec un ou deux accessoires simples (un jet d'arrosage, un chiffon qui glisse), la chorégraphe rappelle que si elle le voulait, elle pourrait continuer à faire des pièces comme avant… mais ce n'est plus le moment. On est en 1980.